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Une initiative pédagogique inédite

À la demande d’une étudiante malvoyante, le Relais handicap de l’université s'est engagé dans l’adaptation d’un test enseigné en Master Psychologie. Les étudiants malvoyants, qui ne pouvaient pas se représenter les images de ce test TAT (Thematic apperception test), ont désormais accès à des images en relief. Cette initiative pédagogique est une première. Elle a associé les compétences de plusieurs services de l'université.

 

Comme tous les étudiants de psychologie, Cécile Barroit a dû apprendre à utiliser le test TAT (Thematic apperception test) lors de son année de M1 à l’université Paris Diderot. Problème, Cécile est malvoyante et ce test s’appuie sur l’analyse de dessins figuratifs. Le principe du TAT, très utilisé en milieu hospitalier, est simple : les psychologues cliniciens soumettent une série d’images au patient qui est invité à raconter une histoire à partir de dessins qu’il a sous les yeux. Les récits du patient permettent d’en savoir plus sur son fonctionnement psychique et sur les orientations thérapeutiques à envisager. Désireuse de valider son UE, Cécile Barroit a donc sollicité le Relais handicap pour adapter cet outil à son handicap.

Claire Pouplet et Stéphanie Kim l’ont immédiatement prise au mot. Les deux collaboratrices du Relais handicap ont réuni un ingénieur spécialiste de solutions techniques à destination du public malvoyant, Michel Bris, et une maîtresse de conférences en psychologie de l’université Paris Diderot, Fanny Dargent. Ensemble, ils ont réfléchi à la conception de planches en relief en contre-collé. Les expériences d’enseignante et de clinicienne de Fanny Dargent ont permis de déterminer les éléments essentiels à faire apparaître au toucher et les annotations en braille à mentionner. « Ce travail m’a passionné, je l’ai effectué en dialoguant avec l’étudiante Cécile Barroit qui m’a beaucoup aidée à définir la feuille de route ».

 

Un projet collectivement mené à l’université

 

L’étape suivante a été confiée à un graphiste de la direction de la communication, Arnaud Fullenwarth, qui a dessiné les images simplifiées et les a transposées en données numériques. Les fichiers ont ensuite permis à Claire Pouplet et à Stéphanie Kim d’aller au FabLab de l’université et de fabriquer les dix-huit planches en relief. «  Nous avons utilisé la découpeuse laser et collé les éléments un à un ». La touche finale a consisté à faire évaluer chaque planche par une dizaine de personnes malvoyantes. 

Cécile Barroit, qui a suivi toutes les étapes de la fabrication, ne cache pas sa satisfaction. « Je suis très contente du résultat, le travail a été intelligemment mené et je pense que ces planches en relief pourront aider d’autres étudiants malvoyants à se familiariser avec le TAT ». Fanny Dargent les a déjà présentées à ses collègues de Paris Descartes, notamment Benoit Verdon, professeur de psychologie et ancien président de la société du Rorschach, qui a confirmé leur caractère unique. « Personne n’avait adapté les images du TAT dans un but pédagogique, précise Fanny Dargent. C’est peut-être une goutte d’eau quand on a conscience de tout ce qu’il reste à faire pour s’adresser aux étudiants malvoyants ; mais ce projet pédagogique méritait d’être mené et doit être valorisé auprès des autres universités de psychologie ».

De leurs côtés, Claire Pouplet et Stéphanie Kim se félicitent du travail d’équipe fourni ces derniers mois. « Ce projet a mis à contribution différents acteurs de l’université, qui ont accepté de mettre leurs compétences respectives au service des étudiants en situation de handicap. Cette expérience innovante, qui n’a pas demandé de gros moyens financiers mais beaucoup de bonnes volontés et de disponibilités, nous donne envie d’en conduire d’autres ». Cécile Barroit  a d’ores et déjà des idées, elle imagine des représentations 3D du cerveau pour les cours de neurobiologie !  

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