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Réforme du 3e cycle : "Une mission passionnante car l’enjeu est majeur"

Le professeur Benoit Schlemmer, doyen honoraire de l’UFR Médecine, a piloté la réforme du troisième cycle. Il revient sur cette mission menée ces deux dernières années.

 

Quel a été votre rôle dans l’élaboration de la réforme du 3e cycle ?

Depuis juillet 2015, j’ai été chargé par les deux ministères, de l’Enseignement supérieur et de la Santé, de finaliser et mettre en place la réforme du 3e cycle des études médicales. J’ai repris un chantier lancé en 2009. Bien évidemment, je suis parti de ce qui avait été fait, un certain nombre de fondamentaux avaient déjà été posés. Je n’ai pas travaillé tout seul, j’étais en liens étroits avec la Conférence des doyens, avec les organisations d’étudiants et d’internes et la Coordination nationale des collèges enseignants de médecine.

 

Pouvez-vous résumer les principaux objectifs de cette réforme ?

L’idée générale était de mieux répondre aux exigences de qualité et de lisibilité de la formation. Celle-ci est professionnalisante, si bien que seul le diplôme (DES) doit attester de l’acquisition des compétences du métier et de la capacité à l’exercer. L’objectif était donc de formaliser un parcours de formation pour chacune des spécialités d’exercice, au nombre de 44, et pour certaines formations complémentaires propres à un DES (option) ou transversales (FST, formations spécialisées transversales). La liste des spécialités, et à terme le nombre de spécialistes à former, doivent s’adapter à de nouveaux enjeux de santé, tels que la prise en charge des personnes âgées, la médecine d’urgence, les maladies infectieuses et tropicales, l’allergologie… Accéder au contenu du 3e cycle par la formation continue sera possible pour permettre des évolutions au cours de la vie professionnelle.

 

Quelles solutions avez-vous trouvé pour tendre vers ces objectifs ?

Un travail de fond a été réalisé avec les spécialités pour assurer l’inventaire des compétences professionnelles de chaque métier. Les maquettes de formation des DES visent à permettre leur acquisition progressive, régulièrement évaluée, dans le cadre d’un contrat pédagogique et d’un suivi personnalisé de chaque étudiant. La formation doit s’appuyer sur des outils numériques nationaux, proches de ceux mis en place pour le second cycle des études médicales, faisant une large part à la formation interactive, à l’auto-apprentissage et à la simulation, mais également sur la qualité des stages pratiques, garantie par un renforcement des procédures d’agrément de ces stages. Le relevé des acquisitions dans le parcours des étudiants garantira en fin de formation les compétences professionnelles requises pour l’exercice.

 

Quels sont les grands changements ?

Depuis la rentrée 2017, un seul diplôme, le DES, sera à terme nécessaire et suffisant à l’exercice ultérieur d’une spécialité. Les durées de formation initiale sont de 4 à 6 ans, à l’exception de celle de la médecine générale, qui reste provisoirement de 3 ans. L’organisation de la formation à la spécialité se fait en trois phases « socle », « approfondissement » et « consolidation ». Elle sera plus précoce et plus dense qu’auparavant. Dès la première année d’internat, les étudiants passeront au moins six mois dans la spécialité qu’ils ont choisie. Le contrat de formation, établi entre l’étudiant et ses responsables enseignants à la fin de la première année, amendable ensuite à tout moment, fixera le parcours de formation requis en fonction de la maquette du DES et du projet professionnel de chacun. Avec le développement de la simulation, les étudiants auront un temps de formation qui correspond à la moyenne des standards internationaux.

 

Globalement, la réforme a-t-elle été bien reçue par la communauté médicale ?

Nous avons travaillé dans un climat de confiance et constructif. Il a bien évidemment fallu répondre aux interrogations des étudiants et des enseignants. Par exemple, nous avons cherché à préciser la notion d’« autonomie supervisée » en fin de formation (phase de consolidation).

Certains étudiants avaient peur de se voir confier trop de responsabilités. En aucun cas, les internes ne doivent être abandonnés. Ils pourront appeler à la rescousse ou demander des conseils à un aîné à qui ils devront rendre compte. L’accès à l’autonomie en fin de formation est cependant un point capital de la réforme. La majorité des acteurs a bien compris les enjeux de la réforme et les progrès qu’elle garantit dans les moyens mis en oeuvre et le suivi des étudiants. Quelques spécialités s’interrogent encore sur leur parcours de formation. Ces interrogations ne remettaient pas en cause l’architecture générale de la réforme et ses grands principes, et ouvriront peut-être la porte à des ajustements ultérieurs que les textes autorisent.

 

Comment s’est passée la rentrée ?

La rentrée des « nouveaux » se passera bien, en revanche certains internes « ancien régime » ont exprimé leurs inquiétudes, parfois amplifiées par les réseaux sociaux. J’invite les internes à interroger leurs responsables enseignants, et à se rassurer devant l’offre de formation et de stages qui leur est faite, en se méfiant des « fake news ». La communauté enseignante et les doyens sont là pour informer.

 

Où trouve-t-on l’information ?

D’abord auprès des coordonnateurs des DES. Les textes officiels sont accessibles en ligne, à savoir le décret du 26 novembre 2016 et ses deux arrêtés d’application, avec les maquettes, récemment révisés et de publication imminente. Les étudiants peuvent accéder aux sites de la coordination nationale des collèges d’enseignants en médecine (CNCEM) et de leurs associations (ANEMF, syndicats d’internes) qui livrent des informations très claires sur cette réforme.

 

Comment avez-vous vécu cette mission ?

Malgré les difficultés rencontrées, j’ai trouvé cette mission passionnante car d’un enjeu majeur : il s’agissait de s’assurer que nos futurs médecins soient mieux formés, mieux suivis dans leur parcours. L’important était que l’on puisse démarrer… Nous savons que les métiers évoluent, que les besoins de santé aussi. Il est logique de penser que la formation devra s’adapter régulièrement à ces évolutions. Le suivi de la réforme en aura la charge.