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Le métier d’infirmier évolue, la formation aussi

L’UFR Médecine a lancé un nouveau diplôme d’État d’infirmier en pratique avancée (IPA) à la rentrée. Cette formation confère le grade de Master aux infirmiers qui souhaitent élargir le champ de leurs compétences.

 

À l’heure où les hospitalisations en ambulatoire sont plus courantes, où les personnes âgées restent plus longtemps chez elles et où les déserts médicaux sévissent un peu partout, le système de santé évolue et le rôle des infirmiers, aussi. Les infirmiers, en ville comme à l’hôpital, sont amenés à prendre en charge des patients à situation complexe ou bien qui souffrent de maladies chroniques. Pour cela, ces professionnels de santé doivent acquérir des connaissances et des compétences pour exercer en « pratique avancée ».

Le terme de pratique avancée est apparu en Amérique du Nord et le conseil international des infirmiers (CII) indique que l’infirmier diplômé d’une formation en pratique avancée a acquis des connaissances théoriques, le savoir-faire aux prises de décisions complexes et des compétences cliniques indispensables à la pratique de sa profession. La loi de modernisation sociale, votée en 2016, mentionne très clairement cette « notion » d’infirmier en pratique avancée et encourage à la développer.

Concrètement, d’après les décrets, la pratique avancée recouvre des actes techniques, d’évaluation et de conclusion clinique, des prescriptions de produits de santé non soumis à la prescription médicale et des activités d’orientation et de prévention. « Un infirmier en pratique avancée peut par exemple renouveler une ordonnance d’un patient diabétique qu’il suit depuis plusieurs mois. Les infirmiers formés ne se substitueront en aucun cas aux médecins, ils auront une place bien définie par les textes pour mieux accompagner les patients », explique Martine Novic, co-responsable pédagogique du Master Infirmier en pratique avancée (IPA).

 

Une marche vers la transformation du système de santé

Pour accompagner la transformation du métier d’infirmier, l’université Paris Diderot a ouvert le Master IPA sous la responsabilité du Pr Hawa Keita-Meyer, en lien avec les universités Paris Descartes, Sorbonne Université et l’UPEC. Il s’agit du premier Master de pratique avancée en région parisienne. Plus de 200 candidats ont déposé un dossier l’été dernier dans l’espoir d’intégrer la première promotion. Au final, 96 infirmiers, 64 en 1ère année et 32 en 2ème année, ont été accueillis début octobre. Avec une moyenne d’âge autour de 35 ans, les membres de la promotion ont tous une expérience professionnelle, en ville, en centre de santé ou à l’hôpital. Les cours se déroulent sur les sites de Bichat ou de Villemin et correspondent à environ 300 heures d’enseignement par semestre. Les étudiants devront effectuer également deux stages au cours des deux ans du Master.

Alors pourquoi ces infirmiers en activité ont-ils fait le choix de suivre deux années supplémentaires de formation ? Hossam, 31 ans, exerce le métier d’infirmier depuis 2015 à l’hôpital Lariboisière, dans le service de réanimation. « Ce nouveau diplôme peut élargir notre champ de compétences, j’aspire à être plus autonome, à être moins dans le geste exécutif », explique le jeune homme. Il est ravi de suivre des enseignements à l’UFR Médecine. « Les cours des universitaires sont très intéressants, c’est très gratifiant d’être sur les bancs de la fac de médecine ». Vanessa, 32 ans, est infirmière en psychiatrie dans un hôpital de l’Essonne. Elle a choisi de s’inscrire au Master IPA pour approfondir l’approche clinique. « J’ai envie d’avoir plus de responsabilité dans la prise en charge des patients. Je pense que l’on peut ainsi réduire les délais d’attente des consultations dans les hôpitaux ». Vanessa jongle avec ses contraintes d’agenda pour être présente en cours 15 jours par mois. « C’est un investissement pour l’avenir, je suis heureuse d’effectuer ce Master car il me permet, en plus, de rencontrer des professionnels de santé qui travaillent dans d’autres établissements ».

 

L’unique Master de pratique avancée en région parisienne

Pour Martine Novic, co-responsable pédagogique du Master IPA, l’ouverture de cette formation est une nouvelle étape de l’universitarisation. Pour la première fois, un diplôme d’État pour les infirmiers va être délivré par une université. En France, onze Masters en pratique avancée ont été accrédités par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. À terme, le Master de Paris Diderot devrait rassembler 80 étudiants en 1ère année et autant en 2ème année. La prise en charge financière de la formation est supportée par l’employeur ou bien par l’infirmier lui-même quand il exerce en libéral. Des infirmiers issus de la formation initiale peuvent également être acceptés dans ce cursus. Ils devront avoir exercé trois années avant d’être recrutés comme IPA. Le Doyen de l’UFR, Philippe Ruszniewski, a contribué, avec toute l’énergie qu’on lui connait, à l’ouverture du Master IPA au sein de l’université Paris Diderot. L’UFR s’était déjà positionnée en proposant une expérimentation avec le Master de santé publique en évaluation des soins parcours sciences infirmières en gériatrie et en participant aux groupes de réflexion au Ministère. Pour Philippe Ruszniewski, il s’agit « d’une avancée majeure dans la définition et la pratique du métier d’infirmier, qui préfigure l’évolution prochaine de cette profession vers son intégration dans l’université, avec la création d’un corps d’enseignants-chercheurs et donc d’une section spécifique au sein du Conseil National des Universités (CNU). Je me réjouis du rôle moteur qu’a joué notre UFR, en concertation étroite avec Paris Descartes, Sorbonne Université et l’UPEC ».