Pédagogie innovante
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Dans la peau de chercheurs en littérature

Dans le cadre d’un atelier conduit par Olivier Ritz, maître de conférences à l'UFR LAC, des étudiants en troisième année de Lettres ont réalisé une édition critique d’un ouvrage datant de 1801 : La Femme grenadier.

 

Réaliser une édition critique d’un texte littéraire consiste à l’annoter pour en éclairer le sens, à le commenter et à rédiger une préface. Généralement, ce travail est confié à des chercheurs. Olivier Ritz, maître de conférences au département LAC (Lettres, Arts et Cinéma), a choisi de le proposer à des étudiants de L3 dans le cadre d’un atelier collaboratif. Durant un semestre, douze étudiants ont travaillé sur un roman écrit par Jeanne Gacon-Dufour dont ils ignoraient l’existence. La Femme Grenadier est un texte peu fréquenté qui relate le parcours d’une femme aristocrate pendant la Révolution française finissant par embrasser la cause révolutionnaire.

« J’ai proposé cet ouvrage, car il n’a jamais été réédité depuis sa parution en 1801, justifie Olivier Ritz. Son auteure, Jeanne Gacon-Dufour, est quelque peu tombée dans l’oubli et le livre, dans sa version papier, est seulement consultable sur demande à la Bibliothèque Nationale de France ». Les étudiants ont disposé de douze séances pour réaliser une édition critique collaborative. La première étape a consisté à mettre à jour la fiche wikipedia de l’auteure. Ensuite, ils ont rédigé conjointement les annotations en utilisant l’outil collaboratif PLANETE (plateforme numérique d’édition de textes) disponible à l’université. « Nous devions écrire des notes explicatives sur des points obscurs du texte et sur les termes anciens, rapporte Lothaire Berthier, étudiant de L3. Par exemple, j’ai effectué des recherches pour resituer le contexte historique et le positionnement idéologique de certains personnages ».  Pour clore leur édition critique, les étudiants ont, comme il se doit, cosigné une préface. Victoire Bech, autre participante à l’atelier, s’est passionnée pour ce « challenge intellectuel ». « L’exercice m’a plu, il m’a permis d’acquérir une petite expérience dans le domaine de l’édition critique. Et j’ai découvert une auteure, une sacrée bonne femme, qui est injustement méconnue ».

 

Une belle implication des étudiants

Pour les aider dans leurs recherches, le groupe d’étudiants a échangé avec une chercheuse italienne, Erica Mannucci, auteure de plusieurs pages sur Jeanne Gacon-Dufour. Michel Delon, grand spécialiste de la littérature sous la Révolution française et professeur émérite, a également pris le temps de répondre aux questions de la promotion. « Cet atelier présente à la fois des vertus pédagogiques et un intérêt pour la recherche, soutient Olivier Ritz. Les étudiants ont découvert une langue et une auteure, et ils ont été mis dans le bain de la recherche. Très honnêtement, la qualité de leurs travaux et leur implication vont bien au-delà de mes espérances ».

De son côté, notre étudiant ne cache non plus sa satisfaction. « J’ai découvert un travail nouveau, très enrichissant, que j’aimerais reproduire en Master puis certainement dans le cadre d’une thèse. » Lothaire Berthier ajoute qu’il est également heureux que l’édition critique soit publiée ces jours-ci dans une version numérique. En effet, grâce au soutien de l’ingénieur d’études Cécile Brémon et du service commun de la documentation, le livre électronique en format ePub sera prochainement disponible sur le site internet du Centre Jacques-Seebacher. « Notre travail est susceptible d’être lu par des chercheurs, j’aimerais qu’il contribue à l’avancée de la recherche sur l’œuvre de Gacon-Dufour ! », conclut Victoire Bech. 

L’université édite des ouvrages numériques

La publication d’un ouvrage numérique est la cerise sur le gâteau. Pour concevoir ce livre sous un format électronique, les étudiants ont reçu le soutien du service commun de la documentation qui leur a permis d’obtenir un ISBN. Ce numéro d’identification attestant l’enregistrement international du livre permet ainsi aux chercheurs de repérer la monographie. L’an dernier, un groupe d’étudiants avait déjà publié une édition critique, Causes secrètes de la révolution du 9 au 10 thermidor. « Les publications numériques valorisent le travail effectué par les étudiants, nous dit Olivier Ritz. Au terme de l’atelier, ils obtiennent un produit fini, consultable par tous gratuitement. Leurs travaux ne restent pas dans le fond d’un tiroir ». Le service commun de la documentation a la volonté d’aider les enseignants-chercheurs à la publication. Christophe Pion, directeur adjoint du service, les accompagne vers l’édition d’ouvrages dans la collection « Publications de l’université Paris Diderot ».

En savoir plus : diderotpubli@univ-paris-diderot.fr